Financement Participatif en Afrique

Le Jackpot sous certaines conditions

Le financement participatif continue sa croissance de par le monde, comme moyen alternatif aux mécanismes traditionnels que sont les prêts bancaires, les aides et subventions ou encore les fonds d’investissement pour les projets plus gros. Qu’il soit en don, prêt ou en investissement, le financement participatif semble continuer d’être promis à un bel avenir sur le continent africain.


Au moins 4 facteurs concourent à cette projection optimiste:


Néanmoins, pour que le crowdfunding soit la réponse au financement de l’entrepreneuriat social, culturel et économique, il est crucial que les africains commencent à élargir le champ de leur solidarité pour la sortir de l’escarcelle familiale. Cela passe par le fait de comprendre qu’on peut se procurer autant de satisfaction ou de sentiment d’utilité en contribuant ou investissant dans un projet à fort impact social et viable, qu’en donnant à la famille ou en la finançant. De plus, donner à un projet, c’est s’impliquer dans l’avancement d’un quartier, d’une ville, d’une région ou d’un pays, ce qui est le vœu de beaucoup d’africains notamment ceux de la diaspora.

Une fois dit ceci, le financement participatif n’est pas la panacée. Il marche dans des conditions précises qu’il est important de cerner. En tous cas, son exercice comporte des écueils qu’il est bon d’éviter lorsqu’on souhaite financer son projet en Afrique. Nous en illustrons douze dans la suite de cet article.

1- Penser que ses abonnés sur les réseaux sociaux vont contribuer en masse

Chez Fiatope, nous voyons encore beaucoup de porteurs de projets miser sur ceux-ci. Il est certes important d’avoir une grosse communauté pour permettre la viralité de la communication de votre campagne. Ainsi, votre amie, potentielle contributrice, augmentera son crédit pour votre projet parcequ’elle l’aura vu circuler sur les réseaux sociaux. En revanche, seulement une toute petite partie des internautes qui vous suivent ou avec qui vous êtes connectés vont franchir le cap et contribuer. Mais pour les avoir demande du temps et une certaine méthodologie.

2- Croire que tout le monde est à l’aise avec le paiement en ligne

Le paiement reste un acte digital pas anodin. En France où cette culture est encrée depuis 20 ans, il y a encore 12% d’échec sur les paiements en carte bancaire impliquant le 3DSecure (sécurisation par le mobile). En Afrique, même si le Mobile Money par USSD (succession de #, de * et de chiffres à rentrer sur un téléphone) est très démocratisé et cartonne, la culture du paiement en ligne démarre à peine. Chez Fiatope et Kwendoo, nous accompagnons nos porteurs de projets afin qu’ils puissent à leur tour aider à vulgariser le paiement en ligne Mobile Money et Carte Bancaire auprès de leurs contributeurs. Les deux plateformes intègrent 8 opérateurs Mobiles Money sur le Continent.

3- Attendre que les contributeurs soient apportés par la plateforme

Une plateforme de financement participatif va vous servir de lieu de convergence et d’agrégation de vos contributions afin de simplifier l’effort de collecte au maximum, entre des personnes des quatre coins du monde. Elle va aussi totaliser automatiquement et afficher en temps réel la valeur de votre panier, notifier vos contributeurs de la validation du paiement etc…En revanche le porteur de projet reste le centre de l’effort de communication. La sociologie du financement participatif, et notamment en contexte africain est la première chose sur laquelle nous coachons les projets que nous sélectionnons pour un accompagnement sur nos plateformes.

4- Etre persuadé qu’il suffit d’avoir une idée pour réussir un crowdfunding

Hélas, ce mode de financement ne déroge pas à la règle d’un certain nombre de critères d’éligibilité à un financement. Nous recevons encore aujourd’hui des centaines de projets par mois qui sont libellés sous la forme d’une idée. Il faut savoir que vos soutiens (qui se substituent à la banque bien que ne vous demandant pas les mêmes garanties), ont quand même besoin de savoir ce que vous avez déjà accompli par vous-même et qui vous rend digne de confiance pour réaliser ce pourquoi vous attendez leur soutien ou leur capital.

5- Avoir une confiance démesurée à vos potentiels contributeurs ou investisseurs

Pour être dans l’activité depuis 5 ans, nous savons statistiquement chez Fiatope et Kwendoo, que certaines tendances culturelles consistent pour les personnes à promettre beaucoup plus qu’elles sont en réalité capables d’agir. En fonction du pays de la campagne, Il convient donc de corriger ce biais au moment de l’évaluation de la capacité de vos réseaux et cercles d’influence à contribuer ou investir

6- Ne plus rien faire une fois que la campagne est en ligne

Il est capital de ne pas négliger le besoin d’avoir plusieurs types d’activités pour entretenir vos potentiels soutiens pendant votre campagne de financement participatif. Vous devez considérer que la contribution ou l’investissement y compris de votre frère n’est pas acquis(e) et ne pas faire l’économie d’explication pour montrer pourquoi vous en êtes digne et le rassurer. C’est primordial. Chez Fiatope nous validons nécessairement avec vous un plan de communication et d’animation de campagne.

7- Oublier que de nombreuses personnes ne sont pas digitales

En Afrique notamment, il ne faut pas oublier que beaucoup de personnes au-delà de 50 ans n’ont pas un usage de leur téléphone autre que pour les communications Whatsapp, l’appareil photo et l’émission/réception d’appels. Et pourtant il peut s’agir de personnes aisées ou fortunées, ou en tout cas promptes à s’impliquer dans votre projet. Il est donc important de prévoir des alternatives à Internet pour toucher une partie de votre cible qui pourra parfois peut-être faire basculer la campagne. La préparation de la campagne est le lieu de vous guider pour aller chercher vos soutiens qui sont hors ligne.

8- Avoir peur de passer pour un mendiant

Il est courant d’entendre de la part des porteurs de projets en Afrique : « j’ai l’impression de devoir quemander de l’argent ». Là où les porteurs de projet européens et nord-américains ne se posent absolument pas la question et foncent, le porteur de projet africain va hésiter davantage, souvent sous le poids d’un certain héritage culturel. Rassurez-vous, il existe divers méthodes pour appeler au soutien sans avoir l’impression de demander l’aumône. Chez Fiatope et Kwendoo, nous permettons régulièrement à nos porteurs de projet de passer ce cap et se décomplexer.

9- Ne pas préparer son financement participatif en amont

Solliciter la contribution ou l’investissement, ça se prépare longtemps à l’avance et ça s’organise. Vos soutiens pressentis ne doivent pas découvrir que vous les sollicitez le jour où vous lancez votre campagne. C’est déjà trop tard et pour cause la campagne dure un temps limité pendant lequel vous devez concrétiser

10- Faire une campagne collective

L’être humain a souvent besoin d’être considéré de façon singulière. C’est pourquoi se limiter à relancer collectivement les potentiels donateurs ou investisseurs ne marche pas. Notamment sur le Continent, où, un certain nombre de vos mécènes vous demanderons de la patience. De la même façon, il est important de ne pas se limiter à remercier collectivement vos donateurs ou investisseurs. Si un certain nombre voudront garder l’anonymat, d’autres voudront au contraire que cela se sache et bien. Il y a cependant des précautions à prendre.

11- Ne pas être honnête avec vous-même

Faire et réussir une campagne de financement participatif nécessite un certain nombre de dispositions. En effet, c’est un exercice qui demande de dégager un certain volume de temps pour sa préparation et son déroulement, mais aussi qui est plutôt fait pour des profils un minimum extravertis, optimistes, résilients et ayant un fort penchant pour communiquer. Il vaut mieux viser des subventions ou participer à un ou deux concours de projets si ces prédispositions ne sont pas réunies.

12- Vouloir faire votre campagne sur plusieurs plateformes

Une croyance perdure encore selon laquelle on maximise ses chances de réussite en dupliquant sa levée de fonds sur plusieurs lieux en ligne. Il n’en est rien. C’est au contraire le meilleur moyen de perdre du précieux temps et de se disperser. Par ailleurs annoncer le même objectif à deux cibles différentes, c’est en réalité lever deux fois plus de fonds, ce qui ne crédibilise en général pas votre démarche pour qui s’en aperçoit. Il arrive qu’une plateforme seule n’offre pas les toutes les fonctionnalités souhaitées. Il existe à ce moment là des astuces pour éviter cet effet double collecte, et sur-lesquelles nous aurons le plaisir de vous édifier.



Par Eric Ntonfo

Présentation des plateformes

Kwendoo est une cagnotte en ligne internationale qui permet à des groupes de personnes de par le monde, des associations ou ONGs de collecter des fonds pour des projets solidaires. Sur Kwendoo, tout ce qui est collecté est empoché.

Fiatope est une plateforme de crowdfunding qui permet à des porteurs de projet à fort impact social de financer l’amorçage de leur start-up ou PME ou encore d’une action d’envergure. Sur Fiatope l’objectif initialement annoncé doit être atteint pour empocher les fonds.

Fiatope Investest un fonds d’investissement participatif qui permet aux personnes de la diaspora, aux épargnants européens mais aussi aux locaux, de rentrer au capital d’entreprises sélectionnées pour la qualité de leur projet, leur viabilité et leur impact social.

Ces 3 plateformes permettent d’effectuer ses levées de fonds en Euros, Dollars par carte ou virement bancaire dans plus de 60 pays dans le monde, mais également en Francs CFA grâce au Mobile Money dans 8 pays : Mali, Cameroun, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo, Rwanda, Niger. Le Sénégal et Madagascar sont en intégration.

A propos de l'auteur

Eeric

Eric Ntonfo est le fondateur des 3 plateformes. Il est également consultant, entre autres pour la Banque Mondiale au Sahel sur les sujets de financement d’amorçage des écosystèmes entrepreneurs et de mise en place d’un cadre réglementaire pour les mécanismes de financement participatif.